Ecosystèmes inattendus de Lorraine

 

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ÉDITO

L’homme détruit beaucoup. Pas toujours, mais beaucoup. Parfois son forfait accompli, il s’en va… Et c’est alors que, pour peu que le climat s’y prête, on assiste à des évolutions paradoxales.

Dans ma forêt natale, il y a de superbes falaises à lézards. Ce sont les anciennes carrières de granit. De splendides mares, croupissantes de biodiversité résonnaient, il y a cent ans, du vacarme de l’exploitation de grès sidérolithiques…

Nul doute que, en bon naturaliste, j’eusse préféré alors qu’on ne toucha pas à la forêt. Il n’empêche que je me serais alors privé pour le siècle suivant de biotopes particuliers, étranges et rares.

Ceci ne veut pas dire qu’il faut y aller carrément dans la démolition de la Nature. Mais simplement s’apercevoir que celle-ci, en reconquérant les territoires abandonnés, a des solutions fort convenables pour leur redonner, contre toute attente, cette allure de lieu peu contrôlé qui est à l’origine de notre sensation de Nature.

Ça ne va pas bien vite. On a donc eu l’idée de donner un coup de pouce. Mais aussi de recréer de toutes pièces de nouveaux biotopes : plans d’eau pour la pêche, culture de peupliers, plantation de néo-forêts…

Ce dernier cas, qui efface complètement l’originalité des lieux, devrait nous donner à réfléchir. L’intérêt des carrières délaissées est justement d’être des carrières reconquises, mais toujours des carrières, c’est-à-dire présentant des espaces que la marche normale de l’écosystème n’aurait pas donnés. À quoi bon banaliser ce résultat positif, d’actions au départ négatives, pour en refaire des lieux ordinaires.

C’est pourquoi d’aucuns choisissent du moins conforme. Accompagner le style spécial de la recolonisation naturelle sans la contrarier. Aider, suivre, accélérer, mais non transformer en autre chose.

Ils seront beaucoup critiqués. Cela les aidera à se perfectionner. À trouver les formules magiques qui, à peu de frais, vu que la Nature fait l’essentiel, pour ne pas dire tout, transformeront de vilaines balafres en précieuses raretés.

François TERRASSON, 

Maître de conférence au MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE de PARIS